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 Albert le Grand

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Melliarine
Queen of red roses Admin
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MessageSujet: Albert le Grand   Lun 27 Avr - 18:56

Parmis les personnages historiques ou légendaires, bien peu ont laissé un nom aussi populaire que celui d'Albert de Lauingen, appellé communément maître Albert, frère Albert ou mieux encore Albert le Grand.
Depuis l'époque déjà éloignée de sa naissance, on s'est plu, surtout dans les campagnes, à publier sur son compte les récits les plus absurdes et, quoique son bagage littéraire et scientifique ne s'élève pas à moins de vingt volumes in-folio, on n'a pas craint de le proclamer, en outre, auteur d'une foule d'ouvrages farcis de recettes ridicules et prétendus secrets de sorcellerie, propres tout bonnement à tromper les esprits simples et à faire éclore en eux des superstitions et la terreur.
Albert le Grand n'était pas un sorcier, comme s'obstinent encore à le croire les bonnes gens. c'était tout bonement un savant. Menant une vie sainte et retirée, livrée incessament à l'étude ou à la prière, il avait pénétré bien des secrets qui, fort simples aujourd'hui, paraissaient merveilleux et quelquefois diaboliques à l'époque où il vivait.
Il convient donc de débarrasser la mémoire de cet homme illustre du tissu de fables qui l'enveloppe et de lui restituer sa véritable physionomie.
Voyons d'abord qui était le grand Albert.
il naquit en Souabe, au château de Lauingen, vers l'année 1193. Son père, Stanislas de Bollstaedt, comte de Lauingen, fut tué, peu de temps avant la naissance d'Albert, au milieu d'une révolte de paysans. Le comte Stanislas avait mené une vie fort dissipée. Sa veuve passa une partie de son deuil dans une retraite pieuse, priant pour le repos de l'âme de son mari. Blanche de Lauingen s'occupait en même temps des soins matériels que réclamait son jeune enfant. Pour se consacrer plus entièrement à lui, elle refusa de se remarier, malgré les offres brillantes qui lui furent faites.
Dès que l'enfant put parler, sa mère lui donna un maître qui ne devait le quitter que lorsqu'il en aurait fait un homme.
Ce maître était un moine et s'appellait dom Scholastès. Il était d'une piété exemplaire, doux avec les humbles, bienfaisant avec les pauvres, mais sa science profonde l'avait rendu l'objet d'une sorte d'effroi de la part des paysans de Lauingen. Les résultats de ses expériences paraissaient en effet autant de prodiges à leurs yeux grossiers. Dom Scholastès était sévère envers son élève, mais il trouvait en lui un esprit merveilleusement préparé à recevoir la semence scientifique. Albert le chérissait comme il eût chéri son père, et les heures les plus heureuses de sa vie étaient celles où il recevait ses leçons.
L'enfant grandit ainsi sous cette austère tutelle et devint un beau jeune homme. Mais l'impression d'effroi qu'inspirait son bon maître ne tarda pas à s'étendre à lui même. il partageait en effet les travaux du vieux moine et assistait à toutes ses expériences. Outre la grammaire, la logique, la philosophie, l'astronomie, la théologie, il étudiait encore la physique, la chimie et la mécanique.
Dans toute la contrée on parlait des merveilles du château de Lauingen. Pendant certaines nuits, le vieux manoir s'illuminait de lueurs étranges, des langues de feu s'élançaient du haut des tourelles et l'effroi se répandait dans les campagnes environnantes. On croyait à l'intervention du diable. il s'agissait simplement de quelques recherches scientifiques. Les lueurs que l'on voyait étaient celles des fourneaux de Scholastès.
Un jour, ce fut bien une autre affaire, et les paysans furent effrayés à bon droit, ceci dû à leur ignorance. Les valets du château apportèrent devant la porte un cheval de bois qu'Albert avait fabriqué lui même dans le plus grand secret. Peu d'instants après le jeune comte parut. Il enfourcha le cheval, puis toucha un ressort. Aussitôt le cheval se mit à marcher, puis à courir avec une rapidité prodigieuse, aussi bien dirigé par son cavalier que s'il eût été de chair et d'os.
Albert s'attendait à des témoignages d'amiration. On cria au sortilège. Le jeune savant n'avait produit en somme qu'une admirable machine, mue par un mécanisme ingénieux. Ancêtre des merveilleux automates que l'homme créa par la suite.
On vit alors dans l'oeuvre d'Albert une production infernale et on s'en écarta comme d'un fléau. Albert avait perfectionné les inventions de son maître; il était devenu un mécanicien émérite. Né dans un sciècle plus pratique, il eût été compté parmis les bienfaiteurs de l'industrie et honnoré comme tel. A son époque, il devait être méconnu et les mécomptes ne lui manquaires pas.
Une autre fois, il inventa un cygne automate, sur lequel il s'assit bravement pour faire le tour des fossés du château, sur l'eau desquels l'oiseau nageait avec facilité. Quelques jours plus tard, au grand étonnement de ses vassaux, il se précipita du haut d'une des tours du château et tomba au milieu de la foule sans se faire aucun mal. Il s'était servi, pour tenter cette périlleuse descente aérienne, d'un appareil en étoffe et en bois, dont la forme peut être assimilée à celle de nos vulgaires parapluies.
Cependant dom Scholastès voulait compléter l'éducation de son élève. Il résolut à cet effet de l'envoyer dans quelque université célèbres, soit en France, soit en Italie. Albert demanda alors à se rendre à Pavie, où d'illustres docteurs enseignaient. Dom Scholastès y consentit et se mit en route avec lui. Ce fut dans cette ville que mourut le vieux moine. Ce fut lui, qui le premier, témoin des succès d'Albert de Lauingen, lui donna le nom de Grand, lui disant qu'il serait un jour le roi de la science humaine.

A suivre...

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